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ECRANS : COMMENT PROTEGER LES JEUNES ENFANTS.

 Le temps passé devant la télévision ou sur les tablettes et les smartphones ne cesse d'augmenter, et les enfants y sont exposés de plus en plus tôt. Or on sait désormais que l'utilisation inadaptée des écrans a des conséquences négatives sur le développement des plus jeunes. Pour donner des repères aux parents, l'Association française de pédiatrie ambulatoire (Afpa) a récemment émis de nouvelles recommandations.

En France, près d'un enfant de moins de 3 ans sur deux utilise régulièrement des écrans interactifs et 35 % regardent des programmes télévisés non appropriés à leur âge (notamment les informations pour 61 % d'entre eux). C'est ce que nous apprend une étude récente menée par l'Association française de pédiatrie ambulatoire (Afpa) auprès de 144 familles. Or les spécialistes sont aujourd'hui d'accord pour dire qu'une utilisation excessive et non adaptée de ces supports peut avoir des conséquences négatives sur le développement et le bien-être des plus jeunes. « Les enfants d'âge scolaire exposés à plus de trois heures de télévision par jour présentent davantage de troubles de l'attention et de la concentration, ainsi que des retards dans l'acquisition du langage, constate le docteur François-Marie Caron, pédiatre à Amiens et spécialiste des écrans pour l'Afpa. Ce sont aussi des enfants chez qui la créativité et l'imagination sont souvent altérées. » Les programmes diffusés, la succession très rapide des images et la publicité incessante provoquent chez les plus jeunes (et en particulier chez les moins de 3 ans) une forte charge émotionnelle ainsi qu'un état d'insécurité et de sidération. Plusieurs études prouvent en outre que, même si l'enfant ne la regarde pas, la télévision allumée en continu crée une tension qui nuit à ses apprentissages fondamentaux.



Des conséquences sur le sommeil

Les écrans peuvent aussi affecter le sommeil : contrairement aux idées reçues, regarder la télé avant d'aller se coucher ne calme pas les enfants, bien au contraire. Cette pratique a plutôt tendance à les exciter et à retarder leur endormissement. A cela s'ajoute, chez les plus âgés, l'impact des écrans nomades utilisés jusque tard dans la nuit. La lumière bleue qu'ils diffusent leurre le cerveau : celui-ci se croit en plein jour et la sécrétion de mélatonine, l'hormone du sommeil, diminue. Sans parler des conséquences soupçonnées sur la vision : selon certains, les écrans pourraient être en partie responsables de l'épidémie de myopie qui touche actuellement près de huit jeunes sur dix en Asie et presque un sur deux en Europe.
Pour donner des repères aux parents, l'Afpa a émis des recommandations qui rejoignent celles de l'Académie américaine de pédiatrie publiées en octobre dans la revue Pediatrics. Qu'ils soient français ou américains, les pédiatres insistent sur les besoins relationnels de l'enfant et sur le rôle d'accompagnateur des parents. « Avant 3 ans, un tout-petit a surtout besoin d'échanger et d'interagir avec son environnement, explique le docteur Caron. Il construit ses repères spatiaux et temporels et a besoin de vivre en 3D, de toucher, de mettre à la bouche, de secouer, de jeter. On conseille donc d'éteindre la télé et de privilégier les livres et les jeux traditionnels. » De son côté, l'Académie américaine de pédiatrie préconise de ne pas dépasser une heure d'écran par jour entre 2 et 5 ans. Enfin, l'enfant peut être initié à la tablette dès 2 ans et demi s'il est vraiment demandeur.


Privilégier le dialogue

Après 3 ans et jusqu'à 6 ans environ, l'enfant a besoin d'explorer toutes ses capacités manuelles et sensorielles (sa motricité, son langage, son graphisme, sa créativité, etc.). Il cherche à comprendre le monde qui l'entoure et sa démarche mérite d'être encouragée. « L'utilisation des tablettes ne doit donc pas monopoliser son attention », précise l'Afpa. Les applications éducatives et ludiques (qui ont aussi leur intérêt) peuvent être intégrées dans l'apprentissage, mais toujours sur des périodes courtes, en présence d'un adulte ou d'un aîné, et sans remplacer les jouets traditionnels.
Les pédiatres recommandent aussi de ne jamais installer de poste de télévision dans la chambre des enfants et d'établir des règles claires sur le temps de visionnage, en veillant à respecter les âges indiqués pour les programmes. N'hésitez pas à parler en famille de ce qui a été vu et ressenti par les jeunes téléspectateurs. Et dans tous les cas, quel que soit l'âge de votre enfant, tous les écrans doivent être éteints au moins une heure avant le coucher.




Aliisa Waltari
France Mutualité - janvier 2017, numéro 568.