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DES MéDECINS ENGAGéS CONTRE LES PERTURBATEURS EDOCRINIENS.


Depuis 2013, l'association alerte des médecins sur les pesticides milite pour une meilleure régulation des substances polluantes ayant un impact sur notre santé. Leur dernière campagne de communication visait plus particulièrement les perturbateurs endocriniens, ces molécules que l'on retrouve partout dans notre environnement et auxquelles les foetus et les jeunes enfants sont particulièrement sensibles.





« Perturbateurs endocriniens : la société doit protéger les femmes enceintes et leurs bébés ».

C'est le slogan choisi, en mai dernier, par l'association Alerte des médecins sur les pesticides (AMLP) pour sa campagne de communication. « On sait aujourd'hui qu'en agissant sur notre système hormonal, les perturbateurs endocriniens, ces substances que l'on retrouve dans de très nombreux produits de grande consommation, contribuent à l'augmentation du nombre de cancers hormonodépendants, des malformations génitales, des troubles de la fertilité, mais aussi du diabète ou de l'obésité », explique le docteur Michel Nicolle, vice-président de l'association. Et c'est notamment au moment de la grossesse et des premières années de vie que l'exposition est la plus dangereuse. Le fœtus et les jeunes enfants conservent l'impact toxique acquis pendant de nombreuses années et les conséquences sur leur santé peuvent se manifester à l'âge adulte et sur plusieurs générations. Autre élément important désormais reconnu : ce n'est pas la dose de perturbateurs endocriniens (PE) qui fait le poison. Ils peuvent agir à des doses infimes sur le système hormonal des plus jeunes alors qu'ils ne sont pas forcément dangereux, même à haute dose, chez les adultes.



Aider les médecins dans leur pratique


« Face à ces problématiques, les médecins ne savent pas toujours comment agir en termes de prévention, ajoute le docteur Nicolle. C'est pour cela que notre campagne ne s'adresse pas seulement au grand public, mais aussi à eux, l'idée étant de les aider dans leur pratique. » Parmi les outils diffusés à l'occasion de cette campagne et toujours accessibles sur le site de l'association (Alerte-medecins-pesticides.fr) : des affiches de prévention à mettre aux murs des cabinets médicaux, des brochures à diffuser aux patients et des guides de conseils. Parallèlement, Alerte des médecins sur les pesticides organise des réunions d'information avec des généralistes, des spécialistes et des sages-femmes dans toute la France.
L'association milite aussi pour la généralisation, dans la pratique des médecins, d'une consultation « préconceptionnelle » axée sur les PE. L'idée est de proposer un questionnaire aux couples souhaitant faire un enfant afin qu'ils puissent évaluer leurs risques d'exposition aux perturbateurs endocriniens selon leurs habitudes de vie. En fonction des résultats, le médecin pourra leur donner des conseils de prévention. « Des solutions de bon sens existent pour se protéger, précise le docteur Nicolle. Ce sont des habitudes à prendre. En fait, il s'agit surtout de revenir aux basiques d'antan. » On trouve en effet des perturbateurs endocriniens (bisphénol A, phtalates, parabènes…) dans la plupart des produits modernes fabriqués par l'industrie pétrochimique : objets en plastique, PVC, mais aussi cosmétiques et certains pesticides, notamment les organochlorés.



Bannir le plastique de la cuisine

L'association conseille par exemple de bannir le plastique de la cuisine, de préférer les ustensiles et les contenants en verre, en inox ou en céramique et de privilégier l'alimentation biologique. Elle recommande aussi de préférer les bocaux en verre aux boîtes de conserve : on peut encore, parfois, y trouver du bisphénol A malgré son interdiction dans les contenants alimentaires. Ne réchauffez pas les récipients en plastique au micro-ondes (la chaleur accélère la migration des PE dans la nourriture) et, concernant les cosmétiques et les produits d'hygiène, n'utilisez que les produits nécessaires et en petite quantité. Privilégiez par exemple le pain de savon au gel douche, la lessive en poudre à la lessive liquide et, pour le ménage, le vinaigre blanc et le bicarbonate de soude. Pour faire votre choix, vous pouvez vous aider des labels, comme l'Ecolabel européen ou Cosmebio, ou vous laisser guider par le site Noteo.info, qui évalue les produits en fonction de leurs performances sanitaires et environnementales. Enfin, pour les jouets, choisissez ceux qui sont estampillés « sans phtalates » et « sans PVC », fabriqués avec des tissus et du bois brut, sans vernis, avec une peinture d'origine végétale (labels Oko, Spiel Gut et NF petite enfance).




Delphine Delarue
France Mutualité, numéro 567 - Décembre 2016.
Article/ Prévention.