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RéSISTANCE AUX ANTIBIOTIQUES : Où EN EST 'ON ?


Depuis une quinzaine d'années, l'antibiorésistance progresse inexorablement à travers le monde. Certaines bactéries pathogènes ont évolué génétiquement de façon à pouvoir se défendre contre les antibiotiques les plus puissants. En cause : essentiellement le mauvais usage et la consommation massive de ces médicaments autrefois considérés comme invincibles. En France, plusieurs mesures sont mises en œuvre pour tenter d'inverser la tendance.


L'heure est grave. En novembre dernier, la découverte en Chine de superbactéries porteuses d'un gène leur permettant de résister à la colistine, l'un des antibiotiques les plus puissants, a fait l'effet d'une bombe dans le monde médical. « C'est une très mauvaise nouvelle, estime le docteur Jean Carlet, président de l'Alliance contre le développement des bactéries multirésistantes. La colistine est un peu l'antibiotique ultime, celui que l'on utilise en dernier recours pour traiter les infections extrêmement ou multirésistantes, lorsque tous les autres antibiotiques sont inefficaces. » Cette découverte signe une nouvelle étape dans l'inexorable progression de l'antibiorésistance à travers le monde depuis une quinzaine d'années. Aujourd'hui, rien que dans notre pays, plus de 150 000 patients développent une infection liée à une bactérie multirésistante chaque année et plus de 12 500 personnes en meurent. A l'origine du phénomène : l'utilisation massive de ces médicaments, que ce soit en ville ou à l'hôpital, depuis la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming en 1928 et sa mise sur le marché sous forme de médicament après la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est pas tout : la dispersion des résidus d'antibiotiques dans l'environnement (des études trouvent des traces de ces médicaments dans l'eau potable) est également en cause. Cette présence insidieuse a ainsi permis à certaines bactéries d'évoluer génétiquement pour se défendre. Elles sont devenues « multirésistantes » et ne sont plus sensibles aux antibiothérapies classiques.


Pas de recherche pendant dix ans

« En France, les bactéries qui nous posent le plus de problèmes sont les entérobactéries (bactéries du tube digestif, NDLR) résistantes aux céphalosporines de troisième génération, par exemple les colibacilles Escherichia coli, qui sont responsables des infections urinaires, des pyélonéphrites (infections rénales, NDLR) ou des infections intra-abdominales, ajoute le docteur Carlet. Il y a à peu près 10 à 12 % de colibacilles résistants à cette classe d'antibiotiques dans notre pays. C'est encore peu par rapport à des pays comme la Chine ou l'Inde, où le chiffre atteint facilement les 80 %. »
La situation mondiale est en outre aggravée par l'absence de nouveaux antibiotiques capables de lutter contre ces superbactéries. « Les laboratoires pharmaceutiques ont interrompu leurs recherches il y a dix, quinze ans parce que le retour sur investissement de ces médicaments est très faible », précise Jean Carlet. Effectivement très chers à produire en raison de leur haute valeur technologique, les antibiotiques sont utilisés pour des traitements de courte durée et vendus à des prix relativement faibles : ils ne rapportent donc pas beaucoup d'argent.



Une nouvelle campagne d'information en 2017

Selon le docteur Carlet et l'équipe qui a travaillé avec lui à l'élaboration d'un rapport sur l'antibiorésistance remis à Marisol Touraine en septembre 2015, il est encore possible d'inverser la tendance en mettant en œuvre des mesures de prévention efficaces. Certaines actions sont déjà menées depuis plusieurs années, notamment avec l'indicateur ICATB, qui évalue annuellement la stratégie mise en œuvre dans les hôpitaux pour améliorer le bon usage des antibiotiques et lutter contre le développement des résistances. D'autres mesures, comme le plan Ecoantibio 2012-2017, visent la médecine vétérinaire avec la volonté de faire baisser la consommation animale d'antibiotiques de 25 % en cinq ans. Enfin, certaines des préconisations du rapport Carlet ont été retenues par la ministre, par exemple le lancement dès 2017 d'une nouvelle grande campagne d'information destinée à enrayer le mauvais usage, la mise en place d'un comité interministériel pour coordonner la lutte ou encore la création d'un plan national de recherche financé pendant cinq ans. La mesure de l'ampleur du problème semble bien avoir été prise.  


  Delphine Delarue
  France Mutualité, mai 2016 - numéro 562.